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    August 28

    Silence, on massacre

    Chronique de Mohammed Sabir )
    Silence, on massacre

    La communauté pré-islamique des Yézidis qui vivote à la frontière irako-syrienne, vient de payer un lourd tribut de sang et de larmes à l’absurde et interminable conflit qui sévit en Irak. 4 ans après l’occupation américaine, le bilan macabre s’alourdit de jour en jour, d’heure en heure devrait-on écrire, ce qui serait plus approprié à la situation.

    Cette communauté qui n’a rien demandé à personne et dont le seul tort est d’essayer d’exister, loin des méandres de la politique, a vu 4 de ses villages pulvérisés par un attentat qui dépasse en horreur tout ce qu’on peut imaginer. 5 camions piégés avec 2 tonnes d’explosifs ont provoqué le plus grand carnage connu à ce jour en Irak : 400 morts, nouveau-nés, femmes, enfants, vieillards. Des Cadavres, encore des cadavres et des blessés opérés à vif, sur place, faute d’équipements adéquats. Les sauveteurs continuaient, samedi 18 août, à retirer des décombres des corps démembrés par la violence des explosions. Comment en est-on arrivé à cette extrémité de barbarisme et d’inhumanité ? Pourquoi avoir ciblé ces pauvres d’entre les pauvres, n’étant pas partie prenante dans la guerre qui oppose sunnites et chiites puisqu’ils ne sont ni les uns ni les autres... ?

    Depuis le renversement de Saddam Hussein, c’est de loin l’attaque la plus meurtrière et l’un des innombrables effets de l’intervention américaine en 2003. A l’époque, le peuple irakien n’a prié personne de venir le délivrer d’un régime certes tyrannique et liberticide, mais qui ne ressortait nullement du lot dans la région. Comme porteurs d’une mission salvatrice devant apporter la démocratie et la liberté, les néo-conservateurs entourant Georges W. Bush ont trouvé là l’occasion bienvenue d’effacer le traumatisme du 11 septembre 2001. lIs ont monté de toutes pièces le fameux dossier des armes de destruction massive à l’encontre de Saddam Hussein. Même l’honnête Colin Powell, ex-secrétaire d’Etat, fut mis à contribution pour présenter devant le Conseil de sécurité d’improbables schémas virtuels montrant les mécanismes de production et de dissimulation des armes chimiques. Personne ne s’y trompait mais que faire face à une volonté clairement affichée de « se payer » Saddam ? Ce dernier, par son entêtement et son manque de discernement politique, leur facilita la besogne, en refusant les inspections de certaines installations irakiennes, contre l’avis de plusieurs chefs d’Etat amis qui le poussaient à accepter puisqu’il n’avait rien à cacher. On connaît la suite.

    Accueillis à bras ouverts, les Américains verront rapidement les choses tourner à leur désavantage. Ils n’étaient plus les libérateurs mais perçus désormais comme occupants, ne comprenant rien à l’état d’esprit de ce peuple issu de la mère des civilisations.

    Saddam Hussein a été le dindon de la farce dans cette affaire. Les Américains l’ont longtemps utilisé quand il s’agissait, alors, de parer au plus pressé pour contrer la révolution “khomeyniste” triomphante. Ils ont répondu positivement à toutes ses demandes d’armement, y compris des produits pouvant servir à la fabrication d’armes chimiques. Quand il a lancé ses premières attaques contre le territoire iranien, tout le camp occidental était à ses cotés. Plusieurs années après le début de cette guerre qui a provoqué la mort de 3 millions de personnes, Saddam demandait sa récompense pour compenser ses énormes pertes. Il pensait avoir les mains libres pour envahir le Koweït... Ses alliés d’hier lui avaient sauvé la mise en imposant un cessez-le-feu urgent, tant les lignes irakiennes commençaient à donner des signes de faiblesse face à des troupes iraniennes d’autant plus galvanisées par la victoire à portée de main. Ils sont devenus des opposants farouches à son aventure. C’était Ie début de la fin pour Saddam et son régime.

    L’Iran, débarrassé de son ennemi intime, joue maintenant dans la cour des grands. Les mollahs de Téhéran entraînent et encadrent les milices chiites irakiennes tout en armant leurs pires adversaires sunnites. L’intérêt de l’Iran n’est nullement d’avoir à ses frontières un Irak stabilisé qui aurait tous les moyens de lui disputer la suprématie régionale. Et puis des Américains empêtrés dans le bourbier du voisin, seraient moins enclins à s’occuper militairement de l’Iran et de ses problèmes d’enrichissement d’uranium.

    L’une des plus grossières erreurs commises par Georges Bush Junior et ses conseillers a été de dissoudre l’armée irakienne. Ses membres sont partis, avec armes et bagages, renforcer la résistance à l’occupation. Depuis, l’Irak vit l’horreur au quotidien. Ceux qui avaient les moyens ont pris le chemin de l’exil. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, ils seraient plus de 1,5 million. 3 autres millions représentent le nombre des “déplacés” à l’intérieur de l’Irak, ayant fui pour sauver leur peau. Voilà le résultat de “ la pax americana” et de la démocratisation octroyée !

    Face à cette situation quasiment désespérée, l’entourage de Georges Bush continue contre toute évidence à faire preuve d’optimisme et parle d’avancées. Le commandant en chef Américain en Irak est d’un tout autre avis. Lui pense qu’il faudrait 10 ans pour retrouver un semblant de pays organisé et en paix. Les tentatives politiques n’apportent pas de solution tant les antagonismes et les arrières pensées des uns et des autres prennent le dessus sur toutes autres considérations d’intérêt général. Les ministres sunnites viennent de quitter le gouvernement de coalition, laissant le champ libre aux kurdes et aux chiites pour en former un autre. Est-ce la bonne solution ? Même l’ambassadeur américain à Baghdad, Ryan Crocker, en doute, le traitant de gouvernement “kurdo-chiite”, tant il est vrai que rien de constructif ne peut être édifié sans l’assentiment des sunnites qui représentent tout de même 40% de la population.

    Pendant ce temps, le massacre continue, les armes circulent à profusion.

    Selon un rapport du service de vérification comptable du Congrès américain (GAO), près de 80.000 pistolets et 110.000 fusils d’assaut AK-47, livrés aux forces de sécurité irakiennes en 2004 et 2005,ont inexplicablement disparu. On devine aisément en quelles mains ils sont tombés.

    MOHAMMED SABIR

    url: http://www.lopinion.ma/spip.php?article16420
     
     
     
    August 24

    Bombardamenti in Irak